
C’était l’aube, lorsque le cavalier demanda :
"Où est la maison de l’ami ?"
Le ciel fit une pause.
Le passant confia le rameau de lumière qu’il tenait aux lèvres
à l’obscurité du sable.
Il pointa un peuplier et lui dit :
"un peu avant l’arbre, il est une venelle
plus verte que le rêve de Dieu,
où l’amour est aussi bleu
que les plumes de la sincérité.
Tu vas au bout de la ruelle derrière la maturité,
puis tu tournes vers la fleur de la solitude.
A deux pas de la fleur,
tu t’arrêtes au pied de la fontaine éternelle
des mythes de la terre.
Tu es envahi par une peur transparente.
Tu entends un froissement
dans l’intimité fluide de l’espace.
Tu vois un enfant perché sur un grand pin
pour attraper un poussin dans le nid de la lumière.
Tu lui demandes : "où est la maison de l’ami ?"
-
Sohrab Sepheri

Une jeunesse nomade, de Téhéran à Belgrade, Düsseldorf, Paris...










Et puis la France… bureaux d’architecture et Yoga




Les Alpes-Maritimes…
le Yi King,
le Yoga du Cachemire







"La vie n'est qu'intensité..." -Eric Baret
Les germes de mon questionnement sur la vie sont nés d’une enfance nomade. Je grandis en Iran imprégnée de poésie, des parfums de rose et de safran, mais aussi parmi les tourments de la révolution, de la guerre Iran-Iraq et des bombardements de Saddam Hussein. A la religion forcée je préférais la vue du ciel et des étoiles.
Nous avons dû fuir l’Iran, ma mère, mon petit frère et moi, abandonnant mon père. Un coup de tonnerre, quelques minutes pour nous enfuir : j’ai douze ans. Pour ne pas éveiller les soupçons des autorités iraniennes à la douane, ma mère n’a bouclé qu’une seule valise, je ne peux rien prendre de ma chambre, ni alerter mes amies. Officiellement, c’est un voyage de Noël pour rendre visite à mes grands-parents à Belgrade.
Nous sommes accueillis en Yougoslavie, pays d’origine de ma mère. C’est Noël 1987, la neige… Ce ne sera que huit mois plus tard, durant lesquels nous avons vécu cachés, que je retournerai à l’école, une école mixte de Belgrade, quelle nouveauté ! Je me fais de nouveaux amis et y apprend à véritablement maitriser la langue serbo-croate. Pourtant, deux ans plus tard, habituée à l’accueil chaleureux de l’Occident orthodoxe et aux coutumes de ma famille yougoslave, je dois quitter à contrecœur mon nouveau pays pour voguer vers des rives inconnues.
Pas de chance ! Ma mère vient d’obtenir un poste de professeur d’allemand près de Düsseldorf. Je quitte un dimanche de fin d’été le délicieux soleil qui baigne la Baie de Kotor et la couronne montagneuse du Monténégro. Me voilà projetée, dès le lendemain, dans la cour de mon nouveau lycée, plongée dans le froid et la pluie.
En Iran, mes parents (qui s’étaient rencontrés en Autriche) se parlaient en allemand. Imprégnée par cette langue, je peux l’apprendre rapidement, malgré les difficultés que je rencontre à m’intégrer. Je dois aussi poursuivre l’anglais et y adjoindre le français afin de rattraper le niveau scolaire de mes camarades de classe. Jamais, Monsieur Knorr, ange de profession et accessoirement excellent professeur de français, ne saura à quel point il fut le germe d’une éclosion à l’origine de mon départ pour la France, quatorze ans plus tard.
L’exclusion que je subis durant deux ans de la part de mes camarades de classe renforce en moi le sentiment d’un éternel exil, de non appartenance, d’étrangeté. Malgré cela quelques amitiés se tissent lentement, qui se verront couronnées lors d’un moment décisif : notre excursion de classe à Berlin au moment le plus fort de la réunification allemande. Berlin est en état de fête et nous aussi ! Le mur tombe, qui me séparait de mes camarades de classe. Ma vie change enfin. Quelque temps plus tard, moi qui étais déjà iranienne et yougoslave, j’obtiens la nationalité et deviens allemande.
Dans le système éducatif allemand, il est impératif de choisir en supplément des disciplines habituelles, une matière qui ait trait à l’Esprit. Nous avions le choix entre la philosophie et les confessions protestante ou catholique. N’appartenant à aucune confession particulière, je choisis les trois : philosophie, puis le protestantisme puis le catholicisme, dont le professeur, un prêtre de la commune est toujours de mes amis. C’est avec cet homme, grand voyageur et prêtre de croisières, que nous explorons intelligemment et avec cœur les principales religions monothéistes, ainsi que le bouddhisme et l’hindouisme. Nous découvrons la pratique de la méditation et séjournons même plusieurs jours dans un monastère parmi les moines. Nous avions 17 ans.
Pardēz, signifie en Persan "le jardin du paradis". Était-ce la recherche de ce paradis perdu qui m’amena vers des études d’architecture ? L’art, le dessin, l’architecture et son histoire ainsi que celle du jardin me passionnaient. Touchée par les vieux bâtiments et considérant le monde suffisamment défiguré par une architecture sans âme, je me spécialise dans l’architecture d’intérieur, dans le but de pouvoir par la suite restaurer et aménager des bâtiments anciens existants. La recherche de l’esprit du lieu, le "Genius Loci", fut un élément essentiel de l’enseignement. Le pressentiment que cet esprit imposait dans un lieu donné, permettait de laisser venir par un processus de connaissance et d’absorption, l’évidence de la manière dont ce lieu devait être occupé de façon à ce que l’endroit et les individus qui l’habitent ne fassent qu’un. C’est à partir de l’intuition que cette création peut se manifester.
J’obtiens à Düsseldorf en 2001 le diplôme d’ingénieur en architecture d’intérieur. Mais par la suite la réalité du métier s’avère très différente du rêve d’un paradis à créer. Malgré l’intensité de l’expérience d’une décennie dans différents bureaux d’architecture en Allemagne et en France, je comprends progressivement que la qualité d’expression qui avait donné son sens à mes études, se dénaturait au profit d’impératifs économiques.
J’ai 17 ans. Je vis encore en Allemagne. Lors d’un voyage d’été je découvre Antibes, son vieux château, le musée Picasso. Dans une salle les fenêtres sont ouvertes, le bleu de la mer m’envahit. Je sais que je vivrai ici.
A Paris, j’arpente les agences d’architecture de cette ville de long en large et présente mon book à tout va. La chance me sourit un jour dans le 6ème arrondissement.
Quelques mois plus tard, un soir d’hiver après une longue journée de travail, j’accepte la proposition de ma collègue de suivre un cours de yoga dans le centre Sivananda de Paris, dont l’ambiance me dit-elle est très "hippie et baba cool". Cette toute première séance allait révéler le bien-être et la tranquillité profonde qui affleuraient. Plus tard à Montpellier, cet art me devint essentiel grâce à la rencontre d’un professeur initié à la tradition dans les contreforts des Himalaya, à tel point qu’après mon travail je fréquentais ses cours trois fois par semaine et pratiquais quotidiennement. Je n’oublierai pas celui qui sut me transmettre authentiquement sa passion.
C’est pendant cette période de désillusion professionnelle que je découvre un autre monde grâce au yoga, les lectures et les séminaires liés à la non-dualité. Dans le même temps un être cher de ma famille, jeune père de 2 enfants décède soudainement par manque des médicaments nécessaires suite à l’embargo de l’OTAN imposé à la Serbie. Puis je perds à nouveau mon père retrouvé" à distance" quelques années auparavant. Les autorités iraniennes n’ayant plus mon identité pour réunir les papiers nécessaires au voyage, je ne peux le rejoindre. Il décède en Iran sans que je puisse le revoir.
La mort, le néant me questionnent profondément. Taraudée par la sensation de désarroi absolu, d’impuissance face à la vie je suis l’appel d’un séjour en Inde. Mais alors que je cherche à pratiquer le yoga dans l’ashram Sivananda de Rishikesh, ville des contreforts de l’Himalaya, je tombe malade et me voilà sous perfusion dans un dispensaire au décor surréaliste. Au rythme des ventilateurs lézards et moustiques s’agitent sur des murs décrépis dans la moiteur de la mousson. Je comprends alors dans un fou-rire que vouloir contrôler sa vie est une illusion. Merci.
Avec la naissance de mon fils débute une autre période de vie, essentielle. Ce que mon fils m’a appris, c’est le don de soi, total et inconditionnel. J’abandonne mon métier et entreprends plusieurs formations liées à la santé naturelle et la compréhension du fonctionnement humain : Feng Shui Traditionnel Chinois (Yap Cheng Hai Academy), Hygiène de vie avec André Passebecq, puis Aromathérapie, Phytothérapie, Fleurs de Bach, Psycho-bio-généalogie et surtout une formation à l’étude du Yi King auprès de Claude Pipitone avec lequel je collabore pour l’illustration et le graphisme de son ouvrage "Le Yi King du Thérapeute". Ce travail me plonge dans ce qui deviendra mon activité principale. Nous sommes en 2014. Merci Claude.
Il ne s’agit plus de l’architecture intérieure d’un bâtiment mais de celle de l’humain. Le paradis n’est-il pas intérieur ? Cette exploration des profondeurs devient ma réelle passion. Le Yi King, pratique millénaire basée sur une connaissance de soi vient s’ajouter aux instruments que j’utilisais pour les consultations que je commence à proposer. Avec le temps il s’impose naturellement comme le socle principal de mon travail d’accompagnement. Il est en tant que boussole de vie particulièrement propice au développement de l’intuition et permet ainsi de diminuer les influences extérieures, l’agitation mentale, l’hésitation paralysante et la maladie du doute pour amener progressivement un apaisement constructif et salutaire.
Le "Yi King du Retour" s’impose à moi au terme d’une longue expérience de l’humain à travers mes consultations, de mes rencontres lors de séminaires et de retraites liés à la non-dualité. Retour du regard, retour à la clarté en référence à l’hexagramme du Retour, retour de la lumière dans les ténèbres de la confusion, renaissance.
Celui-ci se révèle l’instrument parfait de cheminement dans le labyrinthe que constituent les circonstances de la vie. Il devient alors possible d’embrasser le champ de nos mécanismes et de porter un regard lucide sur nos fonctionnements, nos conditionnements et nos automatismes, afin de reconnaitre qui ne nous sommes pas puisque "Quand j’arrête de prétendre être ce que je ne suis pas, ce qui reste est ce que je suis." (Eric Baret)
La recherche intérieure, la pratique du yoga demeurant très présentes, je rencontre il y a quelques années mon enseignant Eric Baret. Celui-ci me transmet encore aujourd’hui au travers du Yoga du Cachemire l’esprit d’une pratique authentique, fruit de l’approche corporelle amenée dans les années soixante de l’Inde vers l’occident par Jean Klein, son maître. Avec une profonde gratitude, je remercie celui qui transmet inlassablement "l’essentiel à travers une actualisation de la non-dualité dans l’espace-temps".
En 2018 Eric Baret me suggère d’enseigner cette pratique. Pour satisfaire à l’exigence de normes administratives et sécuritaires j’ai présenté cet art lors du passage de mon diplôme d’état d’éducatrice sportive en expression gymnique (CQP ALS AGEE) obtenu en 2020.
Aujourd’hui j’enseigne le Yoga du Cachemire, continue mes consultations et mes formations en Yi King. Le yoga, la contemplation de la nature, ainsi que la photographie constituent une partie de mes rituels de célébration de la vie et un rappel de l’essentiel au cœur du quotidien. Dans une gratitude profonde pour toutes les expériences et les êtres que j’ai pu rencontrer, je continue, si la vie le veut bien, à cheminer vers la connaissance du soi, suivant le mouvement naturel de la vie qui m’anime et qui anime mes accompagnements. Je ne cherche plus ce que j’ai perdu, mais pressens ce que je n’ai jamais perdu.

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